samedi 8 octobre 2011

De la prise de conscience à la découverte des origines : Le Constat. ( Part I )

Je suis née dans une ville française d'environ 20 000 habitants.
Au delà de l'histoire des ancêtres gaulois, que sais-je de mon histoire ?
J'ai étudié dans des écoles françaises portant le nom d'écrivains français ( Victor Hugo ), de chanteurs français ( George Brassens ), des intellectuels français ( Evariste Galois ) ou de scientifiques ( Galilée ).Mise à part les voyages scolaires dans les pays limitrophes je n'avais jamais quitté la France plus d'une semaine.
Lorsque je remplis un formulaire dans lequel on me demande ma nationalité, j'y marque française.Lorsque je sors ma carte d'identité, on peut y voir Nationalité Française.J'ai le droit de vote pour tout type d'élections permettant d'élire au suffrage universel parce que je fais parti des citoyens de cette nation.
En somme, je suis française.
Une française, oui, mais pas comme on l'imagine avec le béret, la baguette. Et pour cause, je suis noire.De couleur noire. Une française noire et là, d'ajouter l'adjectif qualificatif " noire " change tout.Cette distinction entre une " française française " ou « française de souche » c'est-à-dire une française blanche ( caucasienne ) fait la différence car dans l'imaginaire des gens une française ne peut être autrement que blanche et chrétienne.
Jamais je n'ai douté de cette appartenance à la France de moi même. Il a fallu que d'autres me le fasse sentir dans leur attitude :Lorsque nous allions en voyage par exemple : dans le village où les noirs ne résidaient pas ; ces regards ces gestes ces attitudes ..
Lorsque l'on suggère que je m'appelle " Salimatou / Kadiatou / Fatou/ Mariam " comme toutes les autres Noires sans même faire attention au fait qu'il y ait des différences entre les différentes noires du à leur coutumes mais surtout par les religions qui influencent leur comportement, leur mode de vie..On m'a toujours rappelé que même si sur le papier j'étais française, en réalité, je ne l'étais pas tant que ça.
J'ai essayé de m'en amuser tout en me défendant d'être française au même titre que n'importe quel blanc sur ce territoire.


Les blancs de France sont-ils tous français ? Je ne le pense pas, mais rien n'y faire.D'où viens-tu ? Tu es née où ? De quelle origine es-tu ?

Je savais. je l'ai toujours su, on ne me l'a jamais caché.
Les parents sont nés au Congo qui a pour capitale Brazzaville. Nos ancêtres sont là bas et eux ont décidés de venir en France. Je viens donc de là bas.Je connais de ce pays : la musique, la nourriture, certaines coutumes. Mais je n'ai jamais mis pied là bas. Je ne sais pas comment on y vit, je ne sais pas quel enseignement y est dispensé ? Quel temps il y fait ?Tout compte fait, je n'ai rien d'une Congolaise.Je le suis dans la forme : j'ai une peau foncée, j'ai des « traits négroïdes » des cheveux crépus mais dans le fond est ce que je le suis vraiment ?

Mon histoire à moi en tant que noire justement puis en tant que congolaise. Il n'existe pas de «Noirie», le grand pays supposé où sont réunis tous les noirs. Ce qui lit les Noirs, ce sont leurs histoires, l'histoire de plusieurs traites : La transsaharienne par les Arabes peu de temps après l'Hégire et la transatlantique par les Européens. La seconde traite qui pourtant lie pour la première fois la rencontre entre l'Occident et l'Afrique est à peine survolée.Les personnages historiques qui ont marqués l'histoire de France, cela ne montre qu'un coté : on constate que s'ils n'ont pas été pour l'esclavage, la colonisation ils n'en restent pas moins pour beaucoup xénophobes. Une peur de l'autre injustifiée et inexpliquée qui finalement trouve ses explications dans l'histoire ( la xénophobie ) , Une idéologie qui prône une hiérarchie des races : « des ensembles d’individus se ressemblant par des caractères physiques, psychologiques, et se distinguant assez nettement d’autres ensembles. » André Béjin et Julien Freund, Racismes, antiracismes, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1986. ISBN 2-86563-163-X ( le racisme)
Cette autre forme de xénophobie ou de racisme cachés mais plus vicieuse qui passent par des appels au métissage hypocrite pour régler la solution du racisme, des amis d'origines étrangères qui servent de couverture, une certaine ouverture d'esprit qui s'arrêtent au plat importés et remixés.
Chacune de mes figures politiques emblématiques françaises m'a déçue dans le sens où à un moment de l'histoire, elles ont eu des choix à faire et ont fini par faire un choix qu'elles ont justifié par telle ou telle raison. Je me suis donc retrouvée entre deux feux.


Qu'est ce que tu es ? Française, même si on te rejette ? Ou Africaine même si en dehors de le prôner tu ne l'es pas.


Alors, j'ai cherché mon histoire. Je me suis renseignée concernant l'esclavage, l'enfer qui a été infligé à des êtres humains. Et j'ai vu l'indifférence et la gêne d'évoquer le sujet. On parle énormément du génocide juif, on parle des différents génocides qui ont pu être perpétré ( Srebinica, Rwanda etc ) mais l'esclavage a toujours été un passage oublié de l'histoire. Et pour cause, reconnu comme crime contre l'humanité le 10 mai 2001 soit plusieurs siècles plus tard, aucun jour férié.
On peut faire un sondage dans la rue, ce jour là, la moitié ne saura pas.
Aucune trace dans les manuels d'histoire. Par ailleurs, j'ai remarqué que pour beaucoup la fin de l'esclavage a été le début de la tentative de civilisation dont les Africains avaient besoin. J'ai vu ce qui ressortait de ces siècles d'asservissement : des complexes.
Beaucoup de complexes : des complexes sur les physiques qui se ressentent aujourd'hui par les remarques que l'on peut adresser par rapport à une teinte de peau, à une texture de cheveux, par la grosseur des lèvres, l’épaisseur du nez ou les formes et les solutions qui sont censées réglées les problèmes : éclaircissant pour devenir plus claire quitte à avoir un cancer de la peau, défrisant pour avoir les cheveux plus lisses ou usage de faux pour obtenir le résultat escompté, chirurgie esthétique pour diminuer ce dont on ne veut pas " gros ", sérum particulier pour faire grossir d'autres parties tel le postérieur.
Le prosélytisme chrétien plus ou moins forcé afin de répandre le christianisme partout.

Par la suite, j'ai lu un livre celui de Gaston Kelman, Je suis Noir et je n'aime pas le manioc qui démontait chapitre par chapitre les préjugés de beaucoup sur une seule personne.
AU début, j'ai cru que c'était la norme à suivre. Bah oui, quelqu'un qui a réussi à s'en sortir, et qui prouve que l'on n'est pas tous pareil.
Puis j'ai lu le livre Mes Etoiles Noires de Lilian Thuram : le livre d'un homme qui au lieu de dénigrer, de dénoncer et de convaincre que.. il cherchait tout simplement à trouver ses repères dans un monde où justement ses ancêtres, ses aspirations n'étaient pas représentés.
Par son métier ( Footballeur), on aurait pu croire qu'il aurait pu ignorer volontairement les problèmes que subissent les Noirs de France mais non, il lutte contre le racisme, dénonce, expose.
Et j'ai continué sur ma lancée.Les Noirs ne sont donc pas qu'une armée de fainéants qui ne servent qu'à dégrader les biens publics français.. Les Noirs sont différents par leur cultures, leur histoires, leur colonisateurs, les coutumes mais semblables et réunis par une discrimination qui partout où ils se sont retrouvés qu'ils soient des immigrés choisis ou immigrés forcés les frappent.


Mais surtout les origines sont importantes selon la place qu'on leur attribue dans notre existence

Je me suis intéressée de près à l'Afrique : ce continent qui contient tant de richesses et qui pourtant ne parvient pas à nourrir sa population, qui souffre de beaucoup de maladies, qui souffrent de l'instabilité politique de ses régimes tout en se laissant spolier ses richesses par les grandes firmes multinationales et manipuler par les Etats Occidentaux.
En parcourant la blogosphère, et en prenant conscience qu'il existe un ensemble de personne qui se mobilise pour valoriser le continent via des concepts tels que la mode, la beauté, entrepreneuriat...
Et aujourd'hui, quel regard ai-je sur ces compatriotes qui sont les miens ? Le sont-ils d'ailleurs ? Je reconnais que je ne pensais pas que j'aurais pu vivre des moments comme de la discrimination, de la méchanceté gratuite au sein du pays qui jusqu'à un certain moment, je considérais comme le mien.
Des insultes, des insinuations, de l'intolérance, de l'ignorance, de l'irrespect au sein du pays des droits de l'homme comme la France se proclame.
Décide t-on si aisément de changer de « camp » ? De devenir citoyenne d'un autre pays que celui qui m'a vu naître par lassitude ?
La suite dans les prochains posts..
FMD

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Votre présence

Mes autres pages