De la prise de conscience à la découverte des racines : Congo, Le voyage. (Part II)

by - 20:52:00

Avant de partir au Congo le 11 août 2012, l'Afrique était devenue une obsession.
Une obsession qui durait depuis environ 5 ans.
Une obsession qui avait dicté nombreux de mes comportements :

  • capillaires : j'ai rasé mon crâne après des années de défrisage, de nattage. 
  • scolaires :  J'envisageais d'apprendre le swahili dans une licence africaine musicaux : A la recherche du moindre son « Made in Africa »
  • informatifs : Abonnée aux diverses sources d'information africaine, étant une lectrice assidue de Slate Afrique
  •   littéraire : Mes livres permettant de tuer l'ennui dans les transports étaient de la littérature noire concernant l'esclavage et ses conditions, les difficultés des Noirs américains ou la position des Noirs dans la société française.
Une obsession qui m'a conduite à économiser chaque centime afin de m'offrir mon billet d'avion en partant de Paris CDG à destination de Maya-Maya (BZV )
Je croyais que l'africanité était une sorte de permis à point dans lequel le seul moyen de l'acquérir était de remplir plusieurs critères :
Avoir des origines africaines
Ne plus se défriser les cheveux
Ne pas s'être éclairci le teint
Etre incollable sur les dernières sorties Naîja
Etre au fait de l'actualité africaine
Etre une fervente militante des causes africaines
Souhaiter l'indépendance économique et géopolitique africaine

Vous vous doutez bien que je m'étais totalement trompée.
Les premiers jours, je me suis retrouvée face à de nombreuses femmes africaines qui s'étaient éclaircies la peau, qui défrisaient régulièrement leurs cheveux n'ayant pas la moindre idée de qui étaient mes auteurs panafricains ou quels événements récents s'était passé au Burkina Faso.. Étais je plus africaine qu'elle pour autant ? Ma foi, je ne le crois pas.
Autre situation tout aussi contradictoire que ma thèse : le fait de me retrouver face à une femme blanche ayant vécu au Congo depuis de nombreuses années, parlant un des dialectes congolais ( le kituba), avec un emploi au Congo, des amis congolais .. Me suis-je sentie PLUS africaine qu'elle ? Pas le moins du monde [ ]


L'africanité est une manière de pensée, une manière de vivre qui passe par un amour commun de l'Afrique et de ce qu'elle offre en terme de culture ( Oui, nous étions FANS des sons de Bracket !!!!! ) mais cela passe tout autant par l'usage d'une langue autre que les langues occidentales instaurées au moment de la colonisation (Français, anglais, italien, portugais ).
Et hormis le fait que je n'avais plus à me soucier de ma couleur de peau en déambulant dans les rues, me sentant appartenir à un ensemble, il y avait ce problème de double - culture.
Ayant été élevée dans un pays dans lequel le respect des lois est primordial - enfin, ça dépend desquelles - , ce fut sans joie que je me trouvais face à des situations que je jugeais scandaleuses.
 Mon étonnement était assorti d'un «Bienvenue en Afrique » sarcastique de la part d'un de mes frères.



Oui, j'y étais en Afrique. J'en avais tant rêvé et ce fut grandiose pour tout vous avouer.
Je ne vais pas vous sortir le cliché de tout était parfait, tout est nickel, la pauvreté, les inégalités, les injustices n'existent pas mais ce voyage était fantastique sur différents points :
  • La générosité : J'ai rarement vu des personnes aussi généreuse que celles que j'ai rencontré lors de mon retour aux sources. Beaucoup de personnes vivent dans ce que l'on appellerait ici en France dans des conditions « précaires » pourtant jamais ils hésitent à donner, à offrir.  De leur temps, de leur énergie, de leur coeur et j'avoue que c'est une chose qui m'a beaucoup touchée.
  • La collectivité : Je crois que le terme « vivre en communauté » n'a jamais pris autant son sens.  Je n'avais jamais vu autant de personnes attendre pour ma venue. Je me souviens exactement qu'il y avait une cinquante de personnes m'attendant au QG ce soir là. Des personnes que j'avais jadis vu en photo, dont on me parlait qui m'ont serrés dans leurs bras, qui ont pleurés, préparés à manger. Je ne sais pas si j'ai été choyé car je suis venue totalement seule ou pas, mais ce que je sais c'est que je n'ai absolument pas manqué d'amour ou d'affection. Je ne ressentais ni manque ni frustration du à l'éloignement des miens en France.
  • La pudeur : J'avoue que je me suis dit quelques jours avant le départ : Congo = températures chaudes = shorty, bustiers, robes and co. C'était sans compter le refus catégorique du  Grand-père ( qui a délégué la charge aux 4 frères de me surveiller ) qui m'a dit que pour lui les femmes ont des parties qu'ils considèrent comme intimes telles les cuisses, la poitrine que l'on ne peut exposer à la vue de tous. Le principe est bon .. j'ai portée de très longues robes, des pagnes .. mais j'ai quand même réussi à glisser quelques-unes de mes petites robes !

J'y ai redécouvert des valeurs ainsi que des définitions perdues telles que celle la famille.
En France, nous sommes 6 dans la même maison.
La journée chacun et chacune vaquent à ses occupations et nous n'accordons pas spécialement de temps pour nous retrouver.
Au Congo, mes frères et soeurs - à traduire mes cousins, cousines - ainsi que mes Mamans - à traduire mes Tantes - étaient en vacances.
Nous étions une vingtaine au 47 disséminés dans les diverses habitations qui se trouvaient dans ce grand espace.
Par ailleurs, le sens de la famille, le sens de l'honneur est très important.
L’intérêt collectif passe avant les préoccupations individuelles.
Les grands parents bien qu'âgés résistent grâce à cette chaleur humaine, grâce à cet amour qui vient de leurs descendants et leur permettent de vieillir paisiblement malgré les maux liés à la vieillesse.

Ce récit de voyage illustre justement ce coté observateur, descriptif d'un voyage fait de moi, une étrangère à la culture.
Culture dans laquelle par exemple, les remerciements sont tacites et résident dans l'intonation de la voix, des gestes.
 Culture dans laquelle venir ou revenir sans un présent pour les siens est considéré comme un manquement grave.
Culture dans laquelle on paie pour accéder à ce que l'on souhaite voire même pour des droits fondamentaux.

Des routes goudronnées, des boulangeries de qualité, des supermarchés dans lesquels il y a une abondance de produits non vendus en Europe, des restaurants de qualités UNIQUEMENT en centre ville près du domicile présidentiel car en s'éloignant vers les périphéries et les différents quartiers de Brazzaville, ce fut autre chose.

J'y ai aussi vu les dysfonctionnements : des routes non tracées, du sable en grande quantité, l'absence de structures publiques pour le traitement des ordures, les coupures de courant récurrentes, le manque de solidité de certains bâtiments  le manque d'hygiène dans les petits marchés ou les hôpitaux .. Et devant ces dysfonctionnements, je ne pouvais plus crier « Noire, Africaine & Fière » à tue-tête, il me fallait reconnaître qu'il y aurait un sacré travail de fond à fournir pour que le Congo - Brazzaville puisse instaurer un minimum de confort à sa population.

De plus, en discutant avec les gens j'ai pu entrevoir les idées reçues qu'il pouvait avoir sur la France, les Congolais en France et leur avenir :
« Est ce vrai que les jeunes filles de plus de 18 ans touchent un salaire à la fin du mois sans travailler ? »« Est ce que c'est vrai qu'il n'y a que 3 matières au baccalauréat français ? »
« Est ce vrai qu'en France on trouve des petits boulots comme on veut ? »
« En France, dit-on les enfants sont IMPOLIS ! »
« Les Congolais en France sont RICHES »

Moi, qui croyait qu'en Afrique, je serai au sein même du berceau de mes origines, au plus près de mon africanité, j'ai aperçu l'influence que l'Occident a pu avoir notamment sur les habitudes de la jeunesse.
Il m'a fallu reconnaître qu'il n'y a plus rien de « PUR » à proprement parler, que la mondialisation avait touché également l'Afrique et que les idoles n'étaient pas les Madilu, Mayaula Mayoni mais comme ici les filles légères qui crient des obscénités là.

Je n'ai même pas de conclusion correcte pour cet article..








































Signé Ryel

Dans le même genre..

0 commentaires

Votre présence