mercredi 10 avril 2013

Intimité

« Le désir d'intimité se manifeste d'abord par la maîtrise du territoire de son propre corps qu'on peut protéger du regard ou de l'intrusion d'autrui.
Puis, par extension, il concerne la maîtrise de tout ce qui prolonge le corps : ses vêtements, son placard, sa chambre son appartement..La construction de l'intimité est articulée à l'estime de soi : construire son intimité augmente l'estime de soi, mais il faut un minimum d'estime de soi pour désirer commencer construire un espace d'intimité. Celui qui ne se respecte pas lui-même ne cherche pas la construction d'un tel espace, tandis que celui qui en est empêché finit par perdre toute estime de lui-même. Il se laisse traiter voire se traite lui-même, comme une chose.
Ce désir n'est pas contradictoire avec celui de vouloir rencontrer dans la réalité les partenaires rencontrés dans le virtuel. Mais en attendant, il permet d'explorer les plaisirs du voilement et du dévoilement progressif, bref de favoriser un apprentissage de la pudeur.
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Aujourd'hui, l'intimité n'est plus associée à des espaces physiques -comme la salle de bain ou la chambre à coucher -, mais à une intentionnalité.
Le développement de la télé-réalité, puis de la médiatisation à outrance des comportements intimes de personnalités de la vie publique, y compris le Président français, ont contribué à renouveler profondément la représentation que chacun se fait de l'intimité. Bien entendu, celle ci reste indispensable à chacun. Mais les façons dont elle est revendiqué et construite ont considérablement évolué. La preuve en est que certains internautes ont choisi depuis quelques années de rendre leur vie intime et privée visible sur Internet pratiquement 24 heures sur 24. Mais tous ceux qui agissent de la sorte se ménagent toujours «une plage d'intimité ». Pour ceux qui mis des cameras dans toutes les pièces de leur appartement, cette plage consiste dans une tranche horaire où les retransmissions sont interrompues
Et pour ceux qui ont choisi de n'exclure aucune tranche horaire de leur vie domestique, il existe toujours un lieu dans lequel aucune camera ne piège leur intimité : pour l'un ce sont les toilettes, pour un autre la salle de bain pour un troisième son lit ou un coin de sa chambre, etc. D'où il apparaît que l'intimité reste bien aussi essentielle à chacun d'entre nous qu’elle l'a toujours été mais que son esprit change. Chacun peut aujourd'hui être tenté de dire : « Mon intimité, c'est là où je veux, quand je veux »...à condition bien sûr que cette expression respecte l'intimité d'autrui. »

Avant de lire un article Les Nouveaux Réseaux Sociaux Sur Internet de Serge Tisseron , je pensais que l'intimité était forcément liée à une relation d'ordre physique que l'on établissait entre deux personnes..comme pourrait le sous entendre l'excellent album Intimacy de Kem.
Convaincue de cela, j'ai partagé et laissé entrer des gens dans ma sphère, non pas spatiale ni corporelle mais mentale.
J'ai laissé la porte ouverte à ces personnes de voir qui j'étais réellement, ce qui me constituait, quelle a été mon histoire ainsi que mon parcours .. comme si l'intimité n'existait qu'à travers autrui.
Comme si l'intimité n'était qu'un concept plausible ou valable à partir du moment où il y avait quelqu'un d'autre que soi qui pouvait en attester.
Je ne vous cache pas, qu'après la lecture de ce texte, qui intégralement fait 9-10 pages, je me suis sentie très ignorante. Très stupide.
Je me suis sentie comme lorsque j'ai pris conscience de la distinction entre féminité et vulgarité.
Toutes ces hormones, tous ces changements à l'âge adolescent et cette prise de conscience d'être une fille amène parfois à la confusion entre la féminité et la vulgarité.
Ce sentiment que porter des jupes ras la nenette ( pour moi nenette c'est chez les filles et zigounette aussi ! ), mettre des décolletés PLONGEANTS faisait se sentir fille. Et réaliser un jour que non, non ce n'est pas le cas. On vire dans le vulgaire, dans le cru. Tout cela ne nous rend pas plus belle, autant dire que c'est inconfortable de vérifier toutes les 5 minutes si son sein ne sort pas, ou si on ne voit pas une fente.
Oui, oui le même sentiment.
Le psychiatre-psychanalyse dit que l'intimité est un des désirs anciens de l'être humain que les réseaux sociaux permettent d'exprimer.
S.T a parlé d'« estime de soi » .. chose dont je n'avais conscience, concept très peu existant chez moi. Comme si l'estime de moi-même existait grâce à ce que les gens percevaient de moi, comme si l'estime de moi était mesurable par l'estime que les autres me portaient. Leur niveau de confiance à mon égard leur jugement sur ma personne etc.. Encore raté !
S'en est suivi une réflexion une réflexion visant à savoir pourquoi j'avais débuté ainsi et désormais comment y remédier pour aller de l'avant.
Comment faire pour prendre conscience de cette intimité qui était la mienne, comment la protéger et veiller à ce que l'on ne puisse empiéter dessus puisque j'en étais la gardienne.
J'ai réfléchi également, à la notion d'intimité chez les autres :
Comment quelqu'un qui acceptait d'étaler sa vie sans arrêt pouvait elle aussi faire un marquage de ce qui était son intimité ou non, comment prétendre à l'existence d'une intimité et d'un respect de soi lorsque l'on se donnait facilement ou autre ?
La notion d'intimité relève de la définition que l'on peut lui donner, des espaces que l'on peut lui accorder.
Faire rentrer quelqu'un chez soi, lui donner une vue sur notre manière de vivre, nos habitudes peut être considéré comme intime pour untel mais pas pour l'autre qui concernera l'intime qu'à son corps ou son esprit.. Pourtant tout est lié.
Revenons à moi.. Pour ma part, plus les années passent et plus je me dis que l'intimité est un endroit que seul quelques élus peuvent apercevoir de plus près sans y toucher ou la modifier réellement .
De nos jours, tout va si vite, tout semble si facile, à porter de mains.
Il est tellement aisé pour n'importe qui de se sentir intime. Est-ce un leurre ?
En voyant les gens aller et venir dans ma vie, dans mon existence, j'ai commencé à me dire qu'ils n'étaient pas TOUS dans l'obligation de savoir mon histoire ou ce qui me constitue. Non pas parce que j'en ai honte ou que c'est douloureux à raconter mais parce qu'à la place qu'ils partagent ils n'ont pas ce besoin de savoir qui je suis et ce qui me constitue.
Petit à petit, j'ai rencontré des gens qui par leur patience et leurs déterminations ont réussi à me montrer qu'ils méritaient d'y entrer.
L'intimité est à mon sens quelque chose qui ne se construit pas en opposition ou en compétition avec autrui.
L'intimité ne se force pas, ne se quémande pas et ne s'impose pas.
Chacun son intimité.
Chacun sa gestion de ce qui nous semble intime.
Chacun sa manière d'exprimer cette intimité justement et de lui accorder ou non suffisamment de légitimité pour le montrer, ou l'exprimer ( ce sentiment ) .
Tant que les gens que l'on souhaite faire entrer dans cette bulle partage et/ou respecte cet espace intime, qu'il en soit ainsi..

1 commentaire:

  1. Excellent travail et belle réflexion !

    Pour la plupart des gens, en Occident, l'intimité est liée exclusivement au sexe (en tant qu'attribut et ce qui tourne autour, si je puis m'exprimer ainsi -fantasme, pudeur, etc). Pour d'autres, il faut aussi ajouter tout ce qui touche aux sentiments, aux émotions... Ensuite, elle se réclame de la sphère privée.

    Il n'y a plus vraiment de règle: ce qui est transgressif pour les uns est la norme pour les autres. Bref, je ne vois pas grand chose à rajouter à ce que tu sais déjà...

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