dimanche 10 août 2014

De la prise de conscience à la découverte des origines : Bilan & Évocation du fantasme africain ( Part II )

A la suite de la lecture de cet article écrit par la Blogueuse Ms Dreydful, j'ai repensé à ce post que je n'avais pas osé publié, de par son caractère incomplet.
Beaucoup de choses ont changé depuis l'écriture de ce post, 
Voilà 699 jours, 23 mois, 100 semaines semaines que j'ai quitté le Congo que j'avais découvert un mois plus tôt. 
Parfois, les images ont plus de poids que les mots, et oui, c'est moi qui vous dit cela.
Ce voyage a bousculé pas mal de choses dans ma tête, j'ai cessé d'imaginer pour voir les choses telles qu'elles étaient.
 J'ai tenu un journal de bord, puis une de mes soeurs le lisait régulièrement du coup, je n'ai pas pu écrire de façon naturelle, de façon spontanée mais la chose est là.

J'avais rêvé, j'avais imaginé, je m'étais tant " battue " pour y parvenir et lorsque j'ai pris conscience de ce que j'avais accompli, j'ai eu un moment de lucidité suivi de grande panique dans l'avion : 
« Ryel, comment as-tu pu épargner tout cet argent pour partir à 7000 km de la maison, rencontrer la famille certes mais des oncles que tu as côtoyé 10 jours dans l'année lorsqu'ils étaient ici,  des bisous envoyés à des frères et soeurs qui partagent certes le même sang mais que tu n'as jamais rencontré plus de 10 minutes via les différents moyens de communication ? Et si, ça ne se passe pas bien ? 1 mois là bas. »

Je crois que ce voyage n'aurait pas été le même avec les parents à mes côtés. 
J'ai découvert et appris certaines choses différemment 
Depuis mon retour, il m'arrive des moments de SPLEEN, pas forcément longs mais la vie au Congo, contrairement en Île de France, j'ai cette impression de prendre le temps de vivre.
 Ce qui n'est pas le cas en France.
On passe le temps à courir après les transports, à se presser pour se rendre à un point B, les yeux rivés sur la montre, sur le téléphone.. mais au Congo, refusant de prendre un téléphone, sans montre, j'ai découvert, j'ai exploré et ce fut avec joie.

En rentrant du Congo, je ne me suis pas imaginée finir mes jours en France.
 Et si seulement, ce n'était qu'une lubie ?
Certes, ici, il n'y a pas de coupures de courant continuelles, les toilettes ne ressemblent pas à une fosse à caca ou des toilettes turques en moins pratique, je ne croise pas des rongeurs sur des gouttières, mes pieds ne sont pas gris au bout de deux heures de marche.. mais je me sens vivante.
Cette lubie dure depuis un  peu plus de 2 ans maintenant et je n'en démords pas, même si je ne me mets plus en tête de partir au Congo pour ne pas en bouger, je continue de vouloir que mon QG soit là-bas.

J'ai envie de contribuer, d'aider à construire, à améliorer le pays.
Je ne nie pas que je suis née ici, que j'ai grandi ici, que je m'instruis ici et que ce pays a des avantages indéniables mais je sais également que ce pays a un lourd passif qu'en tant que colonisateur.
Chaque jour, à travers les discours de ses dirigeants, à travers les appellations qui sont utilisées pour qualifier des gens comme moi, je me rends compte que ma place est peut-être ailleurs.

Il est facile d'ignorer l'histoire, de nier les actes de ces prédécesseurs pour justifier uniquement un phénomène à un instant T.
C'est même nettement plus arrangeant. Mais que faire des gens qui ont souffert des actions coloniales ?
Que faire de ces gens qui ont perdu estime de soi, estime de leur peuple et qui jusqu'à aujourd'hui continuent de parler et de se voir en terme négatif ainsi qu'en infériorité face à ceux qui représentent l'image du colon ? Vous verrez dans les posts à venir ma vision des choses concernant les couleurs.
Que faire de ces gens qui sont le résultat de siècles de manigances dans le but d'asservir et de manipuler à des fins pécuniaires ?

Vous rendez-vous compte que l'histoire de la traite négrière et de l'esclavage par exemple n'est pas l'histoire des Noirs mais l'histoire d'HOMMES ET DE FEMMES, des HUMAINS qui ont réduit à l'état de choses d'autres ÊTRES HUMAINS parce qu'ils avaient une caractéristique SPÉCIFIQUE en l'occurrence ici la peau foncée ?

Comme je vous l'écrivais dans les posts précédents intitulés " De la Prise de Conscience à la découverte des origines " , j'ai eu cette impression que j'ai voulu plus prouver qu'être.
 J'ai voulu me montrer à tort que j'étais capable de rattraper tout ce que je n'ai jamais été et que je ne serais jamais afin de prouver mon amour du continent africain.
J'ai commencé par choisir mon camp en niant les avantages qui étaient les miens, j'ai commencé à adhérer à des logiques qui auraient pu friser l’extrémisme.
 Encensée par des discours qui avaient pour but de recueillir des brebis égarées comme moi qui ne savaient plus où se placer entre le pays de naissance qui était également le pays colonisateur qui ne nous reconnaissait pas comme le produit de ce qu'il a engendré de mal et le pays d'origine qui semble être à la fois si familier et si étranger.
Généralement un pays d'origine jamais visité, duquel on ne connaît que la langue, quelques coutumes et vers lequel on se retourne lorsque l'on se sent rejeté par le premier.

Ce que j'appelle le « Fantasme africain » soit le fait de rêver l'Afrique sans l'avoir explorée, sans l'avoir vécue en se basant sur des discours qui ne reflètent pas forcément toute son entièreté tout en étant à la recherche de cette africanité parfaite qui n'est qu'un leurre.
Les enfants dits « issus de l'immigration » - j'en reparlerais prochainement - , en toute franchise, nous n'avons pas une place enviable.
Nous aurons beau adhérer au discours des africains nés là-bas, poster des photos des plus beaux endroits d'Afrique, se tatouer la carte du continent sur le dos, faire des enfants avec pour but de se prouver à soi-même que nous n'avons pas trahis notre peuple : sans plus de réflexion que cela, nous tomberons simplement d'un extrémisme à un autre.

A quoi bon nier, renier, tourner le dos à ce que l'on a vécu ? Si on peut composer avec et nourrir ses projets grâce à l'apport de sa connaissance?

J'ai beaucoup souffert de ne pas savoir où était ma place.
Aujourd'hui, j'accepte d'être le fruit d'un métissage.
 Je n'ai rien demandé à quiconque : ni de naître ici ou là, ni d'être de telle façon et encore moins de me définir.
Pour le moment, je crois naïvement que je n'ai pas à choisir mon camp.

J'accepte également que pour certains mon discours puisse paraître contradictoire.
Le but n'est pas de prouver, ce n'est pas un concours.
L'objectif est pour ma part de connaître son histoire, de connaître ses racines et de savoir quelles ont été les conséquences de pas mal d’événements qui ont toujours lieu actuellement tels que l'usage d'une monnaie qui s'appelle Franc des Communautés Financières d'Afrique - crée à l'époque des colonies françaises - ou encore ce rapport colonialiste ambiant qui existe de par certains occidentaux en pays africains ou l'existence d'un impôt colonial payé par quatorze pays africain afin mener mes projets à bien en toute connaissance des choses et de leurs causes & conséquences.

Je pourrais également citer toute l'industrie cosmétique et capillaire qui s'est mise en place autour de la communauté noire et qui quelque part traduit bien un certain mal à l'auto-acceptation ou exagération de certaines caractéristiques qui ont longtemps été vues comme un handicap.
Que les gens sachent que derrière ce qu'ils font/sont qui leur semblent naturel ou idéal, il peut exister des logiques qui relèvent de la survie ou d'un regard extérieur qui transpirait le mépris.

J'entends bon nombre de personnes me dire qu'il ne se voit pas finir en Afrique.
Je ne partage pas leurs points de vue, mais qui suis-je pour imposer aux autres la manière qu'ils doivent adopter pour être heureux ? La destination de leurs rêves ?
La diaspora a également besoin de défenseurs dans les pays où elle est présente.

Moi qui vous écris, mes racines sont au Congo, je suis née en France souhaitant arpenter le monde depuis l'Afrique - j'hésite entre plusieurs pays -  tout en ayant cet intérêt à chaque culture que j'ai l'occasion de découvrir.
Pourtant rien ne me dit pas que je me reproduirais pas avec un asiatique afin de finir mes jours en Amérique Latine.

S'interdire d'aimer des choses, d'apprécier des cultures sous prétexte de trahir sa propre " culture " ne devrait pas être un sentiment existant.
Se faire traiter de vendu, de Bounty et autres expressions reflétant de nos interlocuteurs qui bien souvent se trouvent être plus ignorants que soi sur le sujet évoqué, vous devriez en rire mes chers.

Avant d'être des religieux, des couleurs, des qualificatifs physiques, nous sommes des êtres humains !
Et ce déséquilibre qui existe entre nous tous, malheureusement, nous devons en prendre compte, nous devons en parler, le reconnaître pour mieux l'affronter.

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