La Grandeur

by - 00:39:00

Parmi ces caractéristiques physiques - qui sont les miennes - dont on se moquait à l'époque mais qui sont désormais IN, je demande la Grande taille.

Bon nombre de compliments que je reçois aujourd'hui concernent ma taille.
 « Que tu as une belle taille ! » « Quelle chance d'être grande ! » « Tu aurais du faire du mannequinat ! »
Une jeune femme mesurant 182,5 centimètres et qui de surcroît n'hésite pas à porter des talons d'une dizaine de centimètres ? C'est fou ! Et incroyablement sexy dit-on ! On s'assume, on se met en valeur ! Et blablabla.. 

Je me souviens qu'il y a 10 ans, ce n'était pas le même discours.
J'ai toujours été la plus grande avec Benjamin !
Mais lorsque je suis arrivée au collège, Benjamin n'était plus là et j'étais la plus grande : plus grande que les garçons, plus grande que les filles, parfois plus grande que les professeurs.
A cette époque, j'étais très complexée : grande taille allait avec grande pointure et donc équilibre du poids en conséquences, pas de puberté donc pas de poitrine/pas de hanche/pas de fesses mais avec des jambes " en X " très arquées et une difficulté à m'accepter comme j'étais faite.
Je ne vous dis pas les noms qui ont fusé, des surnoms qui peuvent faire rire mais que j'ai pris méchamment comme tout enfant de 10 ans qui se fait insulter sur quelque chose qu'il ne peut changer :



Je me souviens cette femme pédiatre qui avait proposé aux parents de me faire ingurgiter des hormones de telle sorte que ma croissance se stoppe.
«  Grande perche, Géante Noire, Grue, Long corps, Targette, Asperge, Anorexique, Crève la dalle, Big foot »

Je me souviens avoir été en faveur de ce procédé, chose que Maman avait refusé. 
Durant cette période, je me souviens que je m'habillais en noir, ample.
Je me trouvais trop lourde alors que mon ossature était lourde - je sais que les os lourds sont une excuse pour pas mal d'entre nous haha, mais là les filles, je me désolidarise, pour ma part, c'est vrai !-
Je n'avais aucune idée que ce que tout le monde voyait comme un défaut serait un jour un atout que je saurais apprécier par la suite.
Je faisais en sorte de compenser ce que je voyais comme un handicap par de la personnalité, beaucoup de personnalité.
J'essayais de m'amuser de ce qui me faisait le plus souffrir.

A cette période Maman, petit bout de femme mesurant 1m65 se battait pour que mon aînée et moi nous puissions nous sentir fière d'être grande comme notre père, comme globalement la famille paternelle : grand et fin.
Pour elle, le talon rend la démarche gracieuse, une tenue encore plus agréable à regarder.
Pour nous, il était hors de question de passer de grande à gigantesque.

La puberté est passée par là, le corps s'est transformé et ce qui semblait être choquant à vue d’œil s'est transformé en quelque chose de pas si mal.
J'ai pris conscience que je pouvais m'habiller autrement que de façon large et difforme, que je n'avais plus à regretter amèrement de ne pas être née « comme les autres » .
 Et même si je ne faisais que contempler les hauts talons, j'acceptais de porter leurs petits frère de 4cm.
 Je ne déprimais plus lorsque l'on me sortait une vacherie à la vue de ma grandeur.

L'acceptation quasi-complète de moi-même s'est faite lors de ces deux dernières années : j'ai pris conscience que j'étais comme je suis et que mon corps ne changerait pas, pas tant que je ne tricherai pas euh.. modifierai pas par différents biais externes ma taille ( entre autres raccourcir le tibia ) 
J'ai de grands bras, de grandes mains, de grandes jambes..
Je suis ce que je suis et dans tout cela je me sens bien.

Je me suis habituée à être ce que je suis, je n'ai plus honte de porter des vêtements qui souligneraient certains traits corporels que j'aurais jadis cachés, je n'hésite plus à porter des talons que ce soit du 4 centimètres ou du 15 centimètres, qu'ils soient aiguilles ou compensés, je ne me plie plus pour paraître moins petite, je n'ai plus honte d'énoncer ni ma taille ni mon poids et encore moins ma pointure, je n'utilise plus l'adverbe " trop " comme pour évoquer l'aspect hypothétiquement anormal de ma taille et ce n'est pas grâce à beaucoup d'entre vous.
Il me reste encore à éliminer cette manie de mettre les gens sur un trottoir pour qu'il soit un peu plus à ma taille, non pas pour moi mais pour eux OR je ne peux penser à leur place !

Je me rends compte à quel point la société crée les complexes, à quel point les gens cultivent cette théorie de la normalité qui en soit ne veut strictement rien dire.
En écoutant les gens parler de ce qu'ils s'accordent eux-même à définir comme un défaut, vous pouvez entrevoir les leur pour finir par estimer leur niveau d'estime-confiance en eux :

Combien de personnes notamment d'hommes sont venus me reprocher ma taille alors que je n'en ai fait aucune réflexion sur la leur ? Combien de femmes m'ont reproché le port de talons lorsqu'elles en portaient des plus grands mais qu'elles restaient toujours plus petites ?

C'est cette nécessité de rabaisser l'autre pour tenter - en vain - de se hisser au-dessus qui me dépasse.
Ne vous sentez jamais coupable du complexe que vous suscitez chez les autres.
Il faudra que je vous raconte mon combat contre ce qui a été un autre de mes complexes - la noirceur - avant de conclure sur les complexes.

Loin de moi l'idée de vous vanter à quel point être grande a ses avantages.
Il existe le revers de la médaille pour toutes choses mais je pense à cette joie intérieure lorsque je vois une jeune femme grande qui n'hésite pas à assumer sa grandeur avec dignité et féminité.
Etre grande ne devrait pas être une tare mes chères, loin de moi l'idée de discriminer les femmes plus petites que moi/nous, j'écris seulement que nous passons plus de temps à fantasmer sur ce qu'on aurait voulu être que d'arranger et faire quelque chose de bien de ce que nous sommes.

Je vois que Ryel Cosmos est lu et je suppose traduit dans bien des langues, ça me fait réellement plaisir de voir qu'un lectorat fidèle et cosmopolite prend racine ici.
Merci beaucoup.
Prenez soin de vous les lecteurs.
Signé Ryel.

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2 commentaires

  1. Cet article me rappelle les discussions que nous avions il y a 4 ans.
    Tu as du charisme, n'oublies pas ! haha :D
    Non franchement le coup de "T'ES GRANDE TU METS ENCORE DES TALONS" PAYEEEEEEECH genre je vais pas me faire kiffer parce que toi ta croissance a pris fin trop tôt ? t'as menti wsh

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    1. Krkrkrkr.. Que le temps passe !

      Ça c'est du compliment, le charisme.

      LOLILOL
      Ton commentaire, c'était le foutoir sérieux.
      Réadapte-toi rapidement, meuf.

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