« Je ne suis pas un assassin » de Frederic Chaussoy

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Mon problème lorsque je commence des posts, c'est qu'il reste une éternité dans les brouillons et que du coup, ils perdent de leurs spontanéité et de leurs fraîcheurs. Mais au moins, à la relecture, je censure toute la partie Raconte Life. 

Sur la route pour aller dans le Sud de la France, je me suis dit qu'en tant que passagère d'un voyage qui allait durer 8 à 10 heures, il était hors de question que je puisse m'ennuyer.

J'ai pris le livre dont le titre me parlait « Je ne suis pas un Assassin » ... Allez, c'est parti !
C'est dans ces moments là qu'on réalise à quel point le titre du livre est important, il résume en l'espace d'un mot ou un groupe verbal/nominal ce dont il s'agit dans l'oeuvre toute entière.
Lorsque je vois la préface écrite par Bernard Kouchner, je comprends qu'il s'agit de l'affaire Humbert et j'apprends par la même occasion que Bernard Kouchner était médecin avant de devenir homme politique.

Concernant l'euthanasie, j'estime que j'étais trop jeune pour me positionner dans le camp des contre : je n'avais aucune information, aucune base solide pour justifier ce non.
 Il est très important d'aller se documenter sur les arguments des deux parties concernant les questions de société.  Trop souvent, les médias ont un parti pris qui peut s'observer dans la manière qu'ils ont de tourner en ridicule, folie ou aberration ce qui ne va pas dans leurs sens. Un sens qui est établi dans une sphère restreinte.

Au fur et à mesure des pages, je lis et je suis juste prise dans la lecture.
Je m'aperçois, malgré les quelques passages qui ont pour but de mettre l'amour de et pour ses proches en avant, que le point de vue du côté du médecin se défend plutôt pas mal.

Ce que j'ai réellement apprécié dans ce livre, c'est ce témoignage de cet homme qui côtoie la mort tous les jours. J'ai senti énormément de sincérité dans son discours. 
Lorsque j'ai lu le livre de cet homme, cela m'a réconcilié avec mon genre de lecture favori : l'histoire des autres.
Je l'ai toujours dit, toujours écrit. J'adore lorsque les gens content un bout de leurs histoires.
Et étrangement, j'adore surtout les drames. Les histoires dures, les destins compliqués.
J'aime l'authenticité des gens lorsqu'ils vivent des moments difficiles.
Et la qualité de leurs récits, après une expérimentation douloureuse.

Je vais souligner quelques points ici :

  • La vision de la vie que l'homme veut maîtriser et de la mort que l'homme veut nier.
Les humains ont cette impression depuis qu'ils maîtrisent la technique et qu'ils ont développé l'outil qu'ils peuvent tout contrôler. 
Ils ont - nous avons finalement, jusqu'à preuve du contraire, je suis humaine moi aussi - cette impression qu'ils sont immortels. Les limites de la vie sont repoussées toujours plus loin et toujours plus tard : 
  1. Les soins, les transfusions, les transplantations qui permettent de soigner des maladies considérées comme incurables, insoignables : ce qui permet de vivre plus longtemps. 
  2. La chirurgie esthétique permet de paraître moins vieux, moins abîmés et donc toujours plus jeunes, plus pimpant, ce qui éloigne de la fin, de la mort tout compte fait -même si ça ne l'empêche pas pour autant . 
  3. La cryogénisation qui permet d'aspirer à un futur dans lequel la recherche aura permis de trouver le moyen de vivre éternellement.
L'Homme semble avoir cette image de lui comme étant celui qui est pro-vie, celui qui trouve toujours un remède incurable face à ce mal terrible qu'est la mort.  
Mais en revanche, imaginer qu'il va mourir un jour lui fait peur.
La mort semble comme un grand méchant loup, la chose à éviter. 
C'est une issue que beaucoup de gens ont du mal à accepter.
Pour évoquer ce triste épisode, il emploie un vocabulaire plus doux, plus apaisant : « il est décédé. ». 
La mort est comparée à un voyage puisqu'on dit qu'il «est parti», la religion a trouvé la parade pour faire accepter cela plus en douceur en évoquant l'existence d'un lieu où celles qui auraient bien œuvré sur Terre « monteraient au ciel » car la personne a été rappelé par son " Créateur ". 

La mort est toujours vue d'un mauvais oeil est le Yang du Duo, elle est le mal.
Dans les films, la Faucheuse est personnifiée : Dans Charmed, c'est un Ange. Dans les destinations Finales, c'est un cycle difficilement "stoppable"
On essaie de la justifier sans cesse, on lui trouve un caractère injuste : « Il est parti trop tôt » « Les meilleurs partent toujours les premiers. » 
Comme s'il y avait un ordre, comme si tous les mauvais restaient donc sur Terre Sympa pour nous ! 

Ce qui m'amène à mon second point, le métier de médecin.

  • Le métier de médecin
Je ne sais pas vous, mais personnellement j'avais la vision du médecin qui devait absolument sauver la vie du patient coûte que coûte. 
Le métier de médecin, après tout dépend de la spécialité choisie, c'est de réparer, de sauver, de remplacer.. de faire triompher la vie sur la mort. Car entre les deux, c'est une lutte acharnée. 
Le médecin, scientifique, située du côté de la vie, lutte de toutes ses forces et de tout son savoir pour sauver des vies. 
Comment cet homme qui jure avant d'exercer de toujours faire le bien peut-il retirer la vie ?
Selon Frederic Chaussoy, il faut savoir quand est ce qu'il est temps de s'arrêter pour laisser partir. 
Certains corps sont trop résistants pour mourir mais trop faible pour vivre.

Mais là encore, cet homme a soulevé un point : Qu'est ce qu'être en vie ? Que signifie être en vie ?
Il a écrit plusieurs phrases comme celles que je vais vous énoncer grossièrement d'où l'absence de guillemets ! Parfois, nous parvenons à réanimer des corps sans savoir dans quel état ils vont se réveiller et quelle vie, ils vont mener par la suite.

  • La distinction entre la viabilité et la vie,
Finalement, respirer fait-il de nous des êtres vivants ? 
Quelqu'un qui respire uniquement à l'aide d'une machine est-il vivant ?
Dans cette affaire, un jeune homme de 20 ans, ancien sapeur pompier - donc supposons avec cette adrénaline, cette envie de sauver des vies au point de risquer la sienne - qui se retrouve tétraplégique donc en incapacité de bouger ses bras ni ses jambes uniquement un pouce. 
Quelqu'un qui aime la vie, et qui si jeune se trouve dans l'incapacité de la vivre après un accident de voiture. 
Pour vous, sans connaître cet homme, était-il en vie ?

J'ai réfléchi et dans mes questionnements actuels, quelqu'un qui subit la vie sans trouver le moyen d'imposer ses envies et ses choix ne vit pas mais existe alors quelqu'un maintenu en vie par des machines, dans l'incapacité de faire quoi que ce soit est-il en vie ? Je ne le crois pas. 

  •  L'existence d'un droit à la mort après le droit à la vie.
Cette même personne réclame le droit de mourir. Qu'est ce que cela veut dire ?
Cette personne cherche à ce qu'on le supprime parce qu'il ne se voit pas vivre des décennies ainsi et que lui même n'a pas la possibilité de le faire. 
C'est une sacré demande.
Le droit de mourir : cela questionne directement, est ce que sa propre vie, sa propre existence n'appartiennent qu'à soi ou est-ce d'ordre collectif ?

  •  Quelle différence avec le suicide ?
Ce droit de mourir pose problème, il ressemble au suicide. 
Si on va loin, les pro-vies mettront l'avortement, le suicide et l'euthanasie sur la même ligne. 
Qu'est ce qui change dans les trois cas ? La vie est ôtée. 
Cette vie si précieuse... mais il faut s'interroger sur qui donne la valeur de cette vie là et quelles sont ses conditions ?

C'est toujours très malheureux de voir quelqu'un supprimer son existence. 
Dans le cas des suicidés, des personnes qui semblaient-ils avaient la santé, un minimum de confort matériel - un toit, de la nourriture, de quoi se soigner et profiter un tant soit peu de ce que la société pouvait offrir en consommation - le mental n'était pas là mais le corps était là. 

Dans le cas de personnes atteintes de maladies incurables, qui souhaitent cesser de souffrir, cesser de se dégrader et de mobiliser des ressources financières, humaines, médicales peut-on tout simplement répondre NON comme si la question n'allait pas plus loin et ne méritait pas plus d'étude ?

Dans cette histoire, par l'intermédiaire de sa famille, ce jeune homme a demandé officiellement à des personnes représentant des institutions le droit de décéder sans que cela ne soit préjudiciable à ceux qui l'aideraient.
Malheureusement pour lui, ces derniers se sont prononcés en tenant compte de leurs avis personnels sans voir qu'il s'agissait de bien plus qu'une conviction ou d'une question qui déterminerait l'électorat politique aux prochaines élections. 

Parce que ces institutions refusaient, une mère a tenté de mettre fin à la vie de son fils avant qu'un médecin ne se décide à le faire. 
Non pas par besoin de libérer des lits, non pas par plaisir de voir des gens mourir mais parce qu'il a vu qu'un homme souffrait plus qu'il ne pouvait le supporter davantage après trois années me semble t-il.
Ce même médecin a été poursuivi pour « assassinat » lorsque chacun y voyait une délivrance. 
La loi ne devrait-elle pas se singulariser et s'adapter à ce qui se fait de nos jours?

Les mots « euthanasie » , « suicide assisté » me gênent mais lorsque la demande est justifiée, que l'état de santé d'un patient ne lui permet plus de jouir de la vie comme il l'entend et que cette personne souhaite cesser d'exister en tant qu'être vivant, devrions-nous nous obstiner à le maintenir en vie ?

J'ai été touchée par ce bouquin, sincèrement. 
J'ai pris conscience de pas mal de choses. 
Cela fait un petit moment que je sais que si je meurs, j'aimerais que TOUS mes organes fonctionnels puissent être greffés à des personnes qui en auront besoin, que ma dépouille soit incinérée et lancée dans une étendue d'eau.

L'attitude positive que j'arbore depuis quelques années maintenant me permet de mettre en action le fait que rien ne dure, que nous ne sommes sûrs de rien et certainement pas de se réveiller demain alors il faut vivre ce que l'on a la chance de vivre pleinement, en privilégiant son bonheur - à la seule condition que ce bonheur ne consiste pas à manger, torturer ou tuer ses semblables- et des choses qui nous rendent heureux. 
Aujourd'hui, je partage avec vous mes écrits et demain, je peux finir dans un tiroir de la morgue pour je ne sais quelle raison. 

Je vous mets ici le lien d'un excellent article en faveur de l'Euthanasie.
Prenez soin de vous les lecteurs. 

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