Les mots de Calixthe Beyala.

by - 23:49:00

© FMD - Avril 2015
Il y a quelques semaines, je suis tombée sur cette interview de Calixthe Beyala que j'ai trouvé particulièrement juste dans ses propos concernant les enfants des personnes dites immigrées.


« 1. Ici, je ne suis pas sur mes gardes, je sais que le regard porté sur moi est un regard humain, et pas un regard porté d'abord sur une femme noire.


2. La culture des peuples n'est pas quelque chose de génétique. La culture évolue en fonction des lieux, des rencontres. Les identités se transforment. Des Noirs qui vivent en France depuis des décennies – nous en sommes parfois à la 5e ou 6e génération – on ne peut pas dire qu'ils sont des Africains.


3. Etre africain implique une culture, une manière de voir le monde, un particularisme que les Noirs d'Europe n'ont pas. Un Noir d'Europe ressemble davantage à un Européen – dans sa façon de concevoir le mariage, l'amour, la culture. A quel titre devrait-on rattacher des peuples à des terres parce que ces peuples ont une couleur? 


4. On ne saurait se battre contre le racisme anti-noir sans se battre contre le racisme anti-blanc. Le racisme, c'est le racisme, quelle que soit la personne qui l'exprime. 


5. Etre humaniste transcende les religions, les cultures, la couleur de la peau. 


6. Tant que les humains considéreront que les Blancs sont en Europe, les Noirs en Afrique, les Jaunes en Asie, nous aurons toujours des frictions. La couleur ne doit pas rattacher les peuples à des terres. La terre appartient à ceux qui la travaillent et qui y sont attachés. 


7.Oui, il y a un véritable problème de reconnaissance de cette culture: on ne veut pas la nommer. Et lorsqu'on ne nomme pas quelque chose, cette chose n'existe pas. On a alors des peuples errants. Aujourd'hui, nos enfants sont presque schizophrènes. Comme on ne veut pas les rattacher à une terre, ils n'ont pas d'identité. 


8. Il faut savoir que ces enfants-là sont totalement rejetés en Afrique, car ils ont une vision du monde totalement différente de celle d'un Africain.


9. Pour que le gouvernement comprenne que les Afro-français ne doivent pas être traités comme des enfants d'immigrés, mais comme des enfants français, nés en France, avec un surplus identitaire que sont les racines africaines. »


Ce sont ces mêmes mots qui m'ont poussée à acheter son ouvrage - Femme nue, Femme noire - au rayon Littérature africaine à la FNAC des Halles en même temps que celui de Fatou Diome - Le Ventre de l'Atlantique -.

J'ai un intérêt pour la littérature érotique : les mots peuvent flatter, blesser, mentir, glorifier mais également susciter le désir. La manière d'agencer les mots ou de raconter une histoire peut être terriblement sensuelle. C'est ainsi, lorsque j'ai vu la 4ème de couverture, je me suis laissée tenter par le livre.


Pour tout vous dire, j'ai adoré sa façon d'écrire, sa manière d'interroger ses lecteurs sur des questions sociétales en utilisant un champ lexical étendu pour décrire les organes reproducteurs d'un homme et d'une femme et ce destin brisé qu'elle raconte avec brio.

Une femme qui manie les mots habilement et gracieusement, j'ai adoré. 

J'ai eu envie d'en savoir plus sur l'auteure, sur la vie de cette auteure tantôt adulée tantôt décriée mais surtout j'ai eu envie de lire davantage de livres issus de son oeuvre.
 Si je dirigeai encore le Café Lecteur (le club de lecture à l'Univ ) j'aurais aimé qu'elle intervienne lors d'une séance de lecture.

Je vous aurais bien parlé de " Femme nue, femme noire " plus profondément seulement ma chère petite Maman a embarqué l'ouvrage en rentrant au pays et les souvenirs se font de plus en plus rare. ^^ 


Signé Ryel

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