lundi 3 août 2015

L'illusion de l'immigration.

L'actualité concernant l'immigration est soit macabre soit présentée négativement.
Comme si l'histoire entière n'était pas la preuve même que l'immigration temporaire ou définitive n'a pas constituée le monde d'aujourd'hui, peu importe le prix de cette immigration - extermination, asservissement, servitude, vol, viols,  -.

Les immigrés où qu'ils soient sont désormais vus comme des envahisseurs, des trouble fêtes, des personnes mal intentionnées qu'il faut à tout prix parquer, repousser, empêcher de rentrer car ils n'ont pas leur place.

Des personnes qui rassemblent des sommes colossales pour faire des voyages dans des conditions insalubres, qui risquent leurs vies à plusieurs reprises pour être accueillies comme de la vermine par d'autres êtres humains qui ne cherchent même pas à savoir ce qu'ils viennent faire là, pourquoi il est préférable pour eux de fuir que de rester de là où ils viennent.

Ce qu'on ne dit pas, c'est que la volonté de venir dans un pays particulier ne s'est pas faite au hasard.
Si les africains francophones migrent en Europe, ce n'est généralement pas le fruit du hasard mais celui de l'attachement même inconscient à la France du fait de la colonisation et du don de certaines caractéristiques de la culture française à ces pays - la langue, l'histoire, la monnaie - le franc CFA pour ne citer que ces éléments là. - 

Ce qu'on ne dit pas non plus, c'est que les immigrés n'ont pas tous la même trajectoire.

Quand on évoque " immigré ", on imagine le " sans-papier "avec un accent, en situation irrégulière, prêt à tout pour avoir un emploi non déclaré sans se dire que tout immigré n'est pas dans une situation aussi précaire.

Certains sont des étudiants étrangers qui viennent étudier sur territoire français pour repartir - ou rester tiens -  et que ces gens-là, maîtrisent parfois mieux la langue dite de Molière que certains français eux-même. D'autres sont des expatriés, des personnes qui résident dans un pays qui n'est pas le leur afin de se laisser tenter par l'aventure. Il n'y a pas de profil type dans l'expérience migratoire et pourtant.. les politiques ainsi que les médias s'efforcent d'en dresser un négatif. Les immigrés irlandais, suédois ne sont pas traités de la même manière que les immigrés bulgare, libyen ou congolais.. Pourquoi ?

Le soir du 24 avril 2015, l'écrivaine Fatou Diome avait très bien expliqué dans l'émission « Ce soir ou jamais »  les enjeux de cette immigration. Cette émissions survenait à la suite de la mort de 800 migrants dans la Mer Méditerranée.

Ce qui me chagrine le plus, c'est cette illusion que ces personnes ont en tête.
Et cette illusion est maintenue par ces personnes qui ont émigré, qui se sont installées et qui en repartant, ou en parlant au téléphone, en envoyant de l'argent, des photos et autres ne rectifient pas la réalité qu'elles vivent voire subissent.

Je me souviens quelques jours après mon arrivée au Congo, on m'a demandé plusieurs choses concernant la France :
  • Est ce que les jeunes femmes avaient un salaire quand elles avaient 18 ans sans même travailler ?
  • Est-ce que tout le monde peut avoir le BAC sans même le passer ?
  • Est-ce qu'il suffit de finir l'université pour avoir un emploi à 5000€/mois.
Des questions posées par des personnes de tous âges qui croyaient réellement en ce que l'on leur avait dit. UNE seule personne m'avait dit qu'elle ne pourrait plus vivre en France, plus jamais. Cette femme, qui a conçu mes tenues, m'a dit :
 « Il y a trop de stress en France, particulièrement à Paris, il faut lire partout, on est tout le temps enfermé et en plus... si on ne prévient pas qu'on arrive, on aura que du riz blanc à manger, il faut payer pour tout, se serrer la ceinture sans cesse sans compter cette traque à l'étranger permanente même quand tu es né ici (en France) ... Ce n'est pas vivre ça, c'est survivre. Je préfère rester chez moi, même avec mes galères, au moins je suis chez moi et je m'y sens comme tel ! »

Lorsque j'ai entendu ce discours, je n'ai pu que répondre par un sourire qui en disait long.
Et c'est ça. Le manque de réalité dans l'expérience migratoire.
Les personnes partent, risquent leurs vies pour des situations de vie qui n'existent pas.
Contrairement à ce qui est pensé, ceux qui meurent en mer, dans les cargots ne sont pas les plus idiots : ce sont ceux qui ont suffisamment de potentiels, de ressources afin de réussir là où ils seront et d'envoyer des sous à leurs familles !
Et ce sont ces mêmes personnes qui se laissent envahir par des rêves qui leur coûtent très chers. Des rêvent qui leur coûtent la vie.
Le pays rêvé, vers lequel toute leur énergie, leurs désirs sont dirigés, ne va pas les accueillir comme ils le mériteraient. Plus encore, dans certains cas, il serait bien plus heureux en restant là où ils sont qu'en partant je ne sais où au prix peut-être pas de leur vie mais de leur amour-propre et dignité de personne.

Dans ces moments-là, je sens que je ne suis pas d'ailleurs.
J'ai beau sembler venir d'ailleurs, vouloir aller ailleurs, mon nombril est ici comme dirait mon père.
D'où mon rejet de l'expression « immigrée seconde génération » : l'immigration implique de venir de quelque part et d'en partir : je suis née ici, j'ai grandi ici, j'ai été instruite ici et je vis encore ici.
Tant que je n'aurais réalisé ma propre expérience migratoire, il me sera difficile d'imaginer réellement ce que c'est que d'être de quelque part et que ce quelque part n'est pas là où je me situerai.

Pourquoi je vous écris cela ? Avant hier, je suis allée regarder le film Umrika : un beau film qui s'ajoute à la triste liste des films sur l'immigration La Pirogue avec des acteurs aussi beaux que talentueux, une culture aussi riche que la culture indienne.

Je vous laisse avec la bande annonce chers lecteurs !


Signé Ryel

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