Et si tu mourrais demain ?

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Un jour, un homme est venu former les futurs employés d'une grande enseigne française à 8 lettres pour l'ouverture prochaine d'un magasin dans une ville de Hauts-de-Seine commençant par S (lol) c'était en 2013. Il est arrivé avec toute sa positivité et son avenance pour nous briefer sur le respect entre collègues. Si beaucoup des personnes présentes dans la salle étaient agacées par sa joie de vivre explicite et son débit de parole, pour ma part, j'ai tout simplement été fascinée par cette aura, cet amour de son prochain et sa combativité.

Lors d'une pause, cet homme m'a raconté un bout de son histoire : la maladie de sa femme comme déclic, sa poursuite de l'argent, sa philosophie de vie. Et j'ai été admirative devant tant de force, de relativisme et d'espoir. Je ne me souviens pas avoir été autant marquée lors d'une rencontre par un illustre inconnu (quoique la rencontre avec la femme dont je vous ai raconté une bribe de vie ici m'a émue ; celle avec le poète Bernardo en 2016 m'a beaucoup émue également, on en reparlera).


Il m'a dit qu'il sortirait un livre et jusqu'à présent, je recherche ce dernier désespérément sans rien trouver. Son concept « Touche pas à mon trait » m'a énormément parlé.
« Quelle est cette chose qui est écrite à côté de notre nom lorsque nous mourrons ? Nos années de naissance et de mort, et toute notre vie ne se résume plus qu'à un trait. »

J'ai trouvé ça tellement fort. TELLEMENT profond. Tellement vrai. Il a poursuivi en énonçant que si la seule chose à laquelle sa vie serait réduite une fois mort, personne ne devait toucher à ce trait durant son vivant.
Il y a des gens qui réfléchissent sur cette Terre. Le nom de cet homme est Maurice Tardif, ce n'est pas le professeur émérite canadien qui est un homonyme, j'ai checké.

J'apprends année après année à ne pas voir la mort comme un drame même si la manière dont les gens peuvent mourir autour de nous peut terriblement choquer. Connaître les circonstances, réaliser que nous ne l'entendrons plus jamais rire, nous parler, et toutes ces autres actions qui sont possibles tant que nous respirons.

Penser à la mort rappelle à quel point la vie peut s'arrêter du jour au lendemain pour chacun/e, dans des conditions inattendues en laissant autant de personnes que de projets inachevés derrière soi.
Les gens ne meurent pas plus que d'habitude, ils ne meurent pas forcément plus brutalement qu'autrefois. Mais leur mort nous rappelle la fragilité de notre existence.

Hormis la mort de mon parrain et d'un ami proche cette année, je ne vais jamais aux enterrements. Je ne supporte pas cette ambiance dans laquelle ceux qui ont connu la personne se sentent obligés d'assister aux obsèques alors qu'ils ne se supportaient pas ou ne se parlaient plus ; cette attitude morbide qui consiste à aller sonder la tristesse des gens et mesurer le niveau de deuil de chacun ou tout simplement être confrontée à ces gens qui pleurent un être cher.

Et je me suis interrogée dernièrement sur la décision que je prendrai si une personne que j'ai côtoyée ( en tant qu'amie, connaissance, ami de la famille) dans le passé mais à qui je ne parle plus actuellement venait à mourir : est-ce que j'irai voir sa dépouille, assister à la cérémonie puis à sa crémation ou à sa mise sous terre ? La réponse actuelle est négative.
À quoi bon aller voir cette personne morte lorsque de son vivant je ne me déplaçais pas pour elle ? À quoi bon pleurer sa disparition en public quand je ne célébrais pas sa présence à huit clos?

Cette pensée qui consiste à tout oublier car la mort nous attend m'exaspère tout autant : c'est une excuse qui permet aux gens ayant des comportements abjectes ainsi que des actions déplaisantes de se faire pardonner car la mort nous attend, je le refuse.

On peut éprouver toute la peine du monde suite à la disparition de quelqu'un qui nous a été cher sans pour autant faire son apparition dans les maisons de Dieu comme si nous étions les bienvenus ; nous pouvons éprouver nos remords et les exprimer dans nos prières sans pour autant trahir ces mots que nous avons énoncé en toute conscience de leurs portées.

En somme, ce trait qui représentera votre vie, ça ne sera pas vous qui l'apposerez sur votre pierre tombale. En revanche, il vous est tout à fait possible de faire ce que vous souhaitez de votre vie pour ne pas regretter celle-ci au moment où elle tendra vers sa fin.

Signé Ryel

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