dimanche 2 juillet 2017

Dépistage : entre gratuité et angoisse

Hello les Ry-ders,
De nombreuses affiches, publicités, références nous rappellent qu'il est important de se protéger lors de rapports sexuels, d'être prudentes et responsables... Pourtant des millions de personnes continuent d'avoir des maladies transmises sexuellement, de porter des grossesses non désirées, se voient obliger de suivre des traitements lourds, parfois coûteux pour se soigner.

Je me souviendrai toujours ma première fois dans un centre de dépistage. J'ai pensé seule sur cette chaise, le formulaire dans une main, le stylo dans l'autre à ce qui m'avait conduit à cet endroit précis. Mon amant, le seul eu jusque là, celui que je croyais futur mari et père de mes enfants ne me répondait plus depuis plusieurs semaines. Après des milliers de scénarios, je me suis mise à penser que ce dernier était parti après m'avoir refilé le VIH ou d'autres MST aux noms particuliers et aux effets tout aussi perturbateurs. Alors, je me suis rendue dans ce centre et j'ai demandé à effectuer ce dépistage.

Cette gêne lorsque j'ai salué la personne de l'accueil et que je lui ai donné la raison de ma présence, le regard des autres personnes présentes pour la même chose et cette appréhension de croiser cette personne que nous connaissons même de vue. L'anonymat est assuré, la gratuité également dans la majorité des centres de dépistage français, c'est une excellente chose mais notre identité s'inscrit sur nos traits de visage, notre silhouette corporelle également.

Seule sur ma chaise, je répondais par écrit à des questions sur l'âge de mes premiers rapports, le nombre de partenaires sexuels que j'avais pu avoir au cours des 6 derniers mois, des protections utilisées pendant le sexe oral et les pénétrations; si j'avais consommé des substances psychotropes, si mon ou mes partenaires étaient nés hors Occident. Au fur et à mesure, que je cochais les cases ou renseignait les informations demandées, ma pudeur liée à ma vie sexuelle s'en allait. En face du médecin, je faisais face le dos droit, la tête haute et la voix résonnante alors que ma seule envie était de masquer mon visage, parler de façon quasi inaudible le plus vite possible. Je me suis justifiée sur mon activité sexuelle alors que l'on ne m'avait rien demandé.

Une fois cet entretien terminé, je suis de nouveau retournée dans la salle d'attente, j'ai de nouveau affronté les regards des autres, l'angoisse de me faire piquer non pas pour donner mon sang pour la science mais bel et bien pour vérifier si mes parties de fesses en l'air ne m'avaient pas rendu malade. L'infirmière avait senti ma gêne, elle m'a détendue avec des sujets banals et des boutades agréables, mis un pansement puis je suis allée faire moi-même mon prélèvement vaginal dans les toilettes.

À l'issue de ce moment, j'ai longuement marché, longuement pensé, longuement torturé mon esprit et méprisé mon coeur. Ça n'est pas un moment agréable à passer mais ce test est nécessaire.
Comme je ne cesse de l'écrire lorsqu'il s'agit de sexe mais pas seulement, nous sommes en charge de notre bien-être ainsi que de notre plaisir. Et ce peu importe le comportement adorable de notre partenaire. Lorsque le partenaire n'a pas entamé sa vie sexuelle, on peut s'attendre à cette « pureté » qui ne nécessite pas de test mais que nenni ! Combien attrapent des infections urinaires, vaginales etc ? Combien ont des maladies telles que l'hépatite B sans le savoir ? « La confiance n'exclue pas le contrôle.» comme il m'a été donné de lire ici et là.

© FMD 

Que savons-nous des pratiques hygiéniques et sexuelles de nos partenaires ? De leurs passés sanitaires ? Tout le monde n'est pas propre, on ne détaille jamais réellement ce qu'il nous est arrivé de faire dans l'intimité avec autrui, il y a certaines mésaventures médicales que nous sommes ravis de taire devant ces personnes qui n'en savent rien. Le corps a subi et vaincu dans la confidence de sa propriétaire et le silence face au reste.

J'ai beaucoup de peine en voyant les jeunes filles chercher l'information sans avoir de bonnes conseillères autour d'elles ; j'ai mal de voir que certaines femmes, jeunes ou moins jeunes, peinent à connaître leurs corps et comptent sur un/e partenaire externe pour qualifier, quantifier et définir leurs désirs mais surtout assurer leurs propres sécurité. Aujourd'hui, avec ou sans partenaires, je fais mon test une fois chaque année, histoire de checker si tout va bien. Jamais ô grand jamais de rapports sexuels sans avoir eu THE talk avec la personne qui s'apprête à devenir mon amant. Ça casse peut-être l'envie, le désir, la fougue mais je me refuse à bouleverser drastiquement le cours de ma vie pour ce moment aussi joussif soit-il.

Par ailleurs, je rappelle à ces femmes, mes très chères consoeurs qui me lisent, que nos corps nous appartiennent et ce, peu importe leurs forme, couleur, terroir ou les personnes qui se déclarent gardiens de ces derniers. Ils méritent du respect et de la considération même s'ils ne ressemblent pas aux corps en vogue actuellement, aux idéaux imposés par des personnes qui nous influencent d'une manière ou d'une autre. La beauté attire, fascine voire hypnotise mais les cicatrices, tâches de naissances, vergetures donnent du caractère, du vécu, du réalisme à nos corps.

Acceptons-nous, protégeons-nous et assurons-nous autant qu'il est possible de le faire que nous sommes responsables et sécuritaires en ce qui concerne notre plaisir !

Signé Ryel

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